“Quel interprète que ce Pemi Paull ! (…) Des échos fantomatiques du folklore roumain selon Georges Enesco à la fantastique Sonate de Ligeti, en passant par la pièce néo-Renaissance Obrecht Motetten III, de Michael Finissy, les Two Wölffli Sketches, du Canadien Scott Godin, et le délicieux et charmant arrangement en pizzicato de l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler, tout est impressionnant et remarquablement interprété.”.

Frédéric Cardin, Ici Musique (Radio-Canada)

Pemi Paull : l’alto qui va plus loin

L’alto, ce violon plus baraqué que son petit frère plus célèbre, donne souvent l’impression d’être le parent pauvre de la famille des cordes. Il reçoit beaucoup moins d’attention et est bien moins chouchouté par les compositeurs. Mais le Montréalais de naissance (et plus encore de cœur!) Pemi Paull vient démontrer toute l’erreur qu’il y aurait à ignorer cet instrument au son agréablement ténébreux. Musicum Umbrarum est un premier opus, très réussi, mais également exigeant, de l’altiste.

Voici de la musique pour oreilles musclées et curiosité aiguisée! Il faut plonger sans a priori dans cet univers parfois déroutant, mais le jeu en vaut la chandelle ! Musicum Umbrarum nous fait une proposition exigeante et audacieuse, mais pas gratuitement téméraire. C’est-à-dire que, si notre pleine attention est requise pour embarquer dans cet univers et y croire, on se sent tout de même invité à y participer. Ce qui est le contraire de certaines musiques contemporaines jusqu’au-boutistes qui semblent se ficher éperdument de nous et de notre intérêt (ou manque de).

Des échos fantomatiques du folklore roumain selon Georges Enesco à la fantastique Sonate de Ligeti (un tour de force qui pousse le soliste à maîtriser les extrêmes possibilités instrumentales et du timbre de son alto, mais qui ne sonne jamais comme de la démence), en passant par la pièce néo-Renaissance Obrecht Motetten III, de Michael Finissy, les Two Wölffli Sketches, du Canadien Scott Godin (inspiré par l’art pictural touchant et halluciné d’Adolf Wölffli), et le délicieux et charmant arrangement en pizzicato de l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler, tout est impressionnant et remarquablement interprété.

Parce que, en effet, quel interprète que ce Pemi Paull ! Il révèle des trésors de textures sonores dans ce répertoire fort bien choisi pour défier nos habitudes d’écoute franchement pépères. Des habitudes nourries par la facilité et la satisfaction rapide qu’induit notre dépendance à certaines plateformes de réseau social peut-être ? Pemi Paull nous emmène ailleurs (tant mieux), et il le fait avec grand talent et intelligence. L’auditeur explorateur aura matière à pleine satisfaction.

Article complet de Frédéric Cardin sur Ici Musique

MUSICUM UMBRARUM